Mystery Sonatas / for Rosa

Anne Teresa De Keersmaeker, Amandine Beyer / Rosas, Gli Incogniti

Mystery Sonatas / For Rosa

« A rose is a rose is a rose. »
Gertrude Stein

Musique et géométrie sont des éléments fondamentaux du travail d’Anne Teresa De Keersmaeker. Dans Mystery Sonatas / for Rosa, ces deux passions se tressent autour d’une figure singulière : celle de la Rose. Chargée d’une longue histoire dans la symbolique littéraire et artistique,  la rose est  emblème du secret et du mystère. Ainsi l’expression latine « sub rosa » [sous la rose] renvoie-t-elle à « ce qui ne peut se dire » — à entendre ici selon un prisme un peu particulier :  « … mais qui peut se danser ». Dans cette nouvelle création, les roses sont dansées. 

De nombreux spectacles de De Keersmaeker trouvent leur véritable élan à partir d’un compagnonnage avec une partition musicale ; c’est à nouveau le cas ici, avec pour partenaires les Sonates des Mystères de Heinrich Ignaz Franz Biber — également connues sous le nom de Sonates du Rosaire. Écrites vers 1676, ces pièces sont une traduction musicale des quinze Mystères sacrés de la vie de la Vierge Marie. Composées pour le service religieux, elles servaient initialement à accompagner la récitation du rosaire. Épousant la forme de cet exercice de dévotion, traditionnellement composé de trois chapelets, les Mystères de Biber sont divisés en trois cycles : cinq sonates joyeuses, cinq douloureuses et cinq glorieuses. 

Bien qu’elle soit intrinsèquement nourrie de récits bibliques, cette musique n’en est pas moins une invitation à la danse. On y trouve les formes caractéristiques de la suite de danses, telles que la gigue, l’allemande ou la courante. Combiné à une approche cyclique et numérologique, ce caractère fait de l’œuvre de Biber un matériau particulièrement propice à l’inspiration chorégraphique. Comme il est souvent d’usage dans les spectacles de De Keersmaeker, une « phrase de base » sert à charpenter la forme — phrase composée dans ce cas de souvenirs glanés dans la mémoire de la chorégraphe. Circularité, répétition et patterns en forme de pétales : voilà les éléments-clés qui permettent à la phrase de se transformer au gré des variations musicales.

La figure de la rose ne se donne pas comme pure incarnation de la beauté, mais convoque en contrepartie la symbolique de l’obstacle et de la rébellion : pas de rose sans épines ! Le corps dansant, qu’il soit individuel ou pris dans le flux du collectif, devient ici le support d’un acte de résistance, auquel incite la musique d’Heinrich Biber, dans sa complexité narrative et la richesse de sa virtuosité.

Ces sonates font appel à diverses et fascinantes techniques, dites de « scordatura », où il s’agit d’accorder certaines cordes du violon à des hauteurs inhabituelles — ce qui fait sonner l’instrument autrement que ce que la partition laisse entendre. Exigeant de ses interprètes une virtuosité de haut vol, la partition sera défendue par la violoniste Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti, qui partageront la scène avec six danseurs.

Cette œuvre est dédiée à de grandes figures de femmes résistantes – Rosa Bonheur, Rosa Luxemburg, Rosa Parks, Rosa Vergaelen — ainsi que Rosa, jeune activiste pour le climat âgée de quinze ans, décédée pendant les inondations de 2021 en Belgique.

Chorégraphie
Anne Teresa De Keersmaeker

Dansé par
Cintia Sebők, Laura Maria Poletti, Mariana Miranda, Sophia Dinkel, Frank Gizycki, Jacob Storer, José Paulo dos Santos, Lav Crnčević, Mamadou Wagué, Rafa Galdino

Musique
Mystery Sonatas, Heinrich Ignaz Franz Biber 

Direction musicale
Amandine Beyer

Musiciens
Gli Incogniti

Scénographie et lumières
Minna Tiikkainen

Direction des répétitions
Diane Madden, Cynthia Loemij

Costumes
Fauve Ryckebusch

Coordination artistique et planning
Anne Van Aerschot

Production
Rosas

Coproduction
Concertgebouw Brugge, La Monnaie (Bruxelles), Dance Reflections by Van Cleef & Arpels, Théâtre de la Ville à Paris, Spoleto Festival dei due Mondi

Première
16.02.2022, Concertgebouw Brugge

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